JEAN-LOUIS PONS : La haine,...excite les disputes, mais l'amour couvre toutes les transgressions

 JEAN-LOUIS   PONS  : La haine,...excite les disputes, mais l'amour couvre toutes les transgressions

CAR-JACKING le 19-12-2010, centre de Bruxelles   

 

 

Il est 22h45, la neige est tombée toute la journée, la route est dangereusement praticable et heureusement il n'y a que peu de circulation.

Comme de routine, il fait la course dont il est chargé. Au centre ville, arrêté à un feu, il pense à tout et à rien quand deux ombres furtives passent rapidement dans son rétroviseur. Arraché à sa rêverie, il se retourne et voit deux jeunes hommes qui se faufilent derrière l'autre voiture arrêtée également à ce feu rouge.

Son sang ne fait qu'un tour, mais il est gros, emmitouflé dans son gros manteau et serré par la ceinture de sécurité...

"Je dois l'avertir..." se dit-il.  

Trop tard: Comme des félins bien dressés à leur acte, l'un brise la glace avant droite de cette petite Smart et prend le sac se trouvant sur le siège passager; pendant que le deuxième est là en "protection". Ils passent devant moi en courant, jette le sac de cette pauvre jeune fille apeurée et choquée dans un grand sac plastique tenu par un troisième complice qui détale à toutes jambes dans une petite rue sombre d'une cité du centre ville. Je les ai vu tous les trois... et pourtant, je serai incapable de les reconnaître?

Ma première réaction fut d'avancer pour essayer de stopper ces deux voyous; mais c'est le cri de la jeune fille qui m'a arrêté; je voulais l'aider... Que faire ? Tout était déjà fini... Je revois le regard de cette jeune dame, ses yeux en pleurs... deux grands yeux qui me fixaient. La détresse que j'ai pu lire dans ce regard m'a fait comprendre combien on est peu de chose, et qu'il est humiliant d'être impuissant. Je l'ai regardé partir de son coté, toujours au milieu du carrefour et ne sachant quoi faire? Agacé, à juste titre par mon immobilité, les grands phares d'un véhicule m'a obligé à avancer.

Quand j'y pense, je n'ai même pas pris le temps de la rejoindre et de lui donner mes coordonnées afin d'amoindrir sa peine du à  ce qu'elle venait de vivre. J'avoue en avoir eu des larmes de honte et de colère. comme il est dur de vieillir, de mal vieillir... je n'avais ressenti ce sentiment d'impuissance que 3 fois dans ma vie: la naissance de mes trois enfants; mais à ces moments-là, il n'y avait pas de colère !

Pourquoi j'écris ce texte ? C'est un car-jacking comme tant d'autres (hélas) et les auteurs n'ont vraiment pas de quoi en être fier; mais moi, je n'oublierai jamais le regard de cette jeune fille et surtout mon impuissance à l'aider.

Entendre parler d'un crime est une chose, mais le vivre...